Documentaire : définition?

Qu’est ce qu’un documentaire? D’aucuns diront que si la fiction crée sa propre matière, le documentaire met le cinéma aux prises avec une matière qui lui pré-existe et par là lui résiste parfois: le réel. En effet, il ne s’agit plus d’élever des forteresses de cartons pâte qui s’entassent ensuite pathétiquement dans les sous-sols des studios, mais de comprimer un réel toujours infiniment trop grand et trop large pour contenir dans le rectangle de l’écran, sur lequel s’applatissent ses aspérités, ses irrégularités. Le documentaire met le cinéma face à sa nature même, à sa fonction première, cette capacité de reproduction si fidèle de ce qu’il capte, de ce qu’il avale, et qui donnait l’impression aux spectateurs du temps des Lumière de pouvoir embrasser tout à coup l’immensité du monde dans un seul regard.

Néanmoins, ce mimétisme de la caméra qui lui confère son pouvoir de fascination depuis l’invention du cinématographe est également une puissance trompeuse. Penser que la caméra est un simple instrument d’enregistrement du monde c’est oublier justement qu’il y a une caméra, c’est à dire un point dans l’espace à partir duquel on voit les choses. Le documentaire est le genre qui nous met avec le plus d’évidence (et de violence parfois) face à cette question du point où l’on place la caméra, de l’angle choisi

-Faire le point, mettre au point, élaborer un point de vue –

Il y a illusion à penser que le documentaire peut montrer la vérité du monde car si la caméra est principe d’inclusion, elle est avant tout principe d’exclusion (elle n’élit ce qu’elle montre qu’au détriment de ce qu’elle dissimule hors de son cadre): y faire entrer le monde entier est une perspective vouée à l’échec. Il y a illusion à penser que le documentaire peut montrer la vérité parce que ce serait cesser de croire en la mise en scène. La caméra n’est pas un oeil mais un regard porté sur le monde.

Documentaire et fiction ne sont par conséquent plus si éloignés l’un de l’autre, l’un n’est pas dévolu à l’imaginaire et l’autre à la pragmatique réalité, mais tous deux tentent d’apporter un éclairage particulier voire inattendu sur ce réel dans lequel nous baignons. Peut-être d’ailleurs ne font-ils que suivre des chemins inverses et non opposés, l’un partant de l’imaginaire pour tendre au réalisme, de l’extraordinaire pour rejoindre l’ordinaire, l’autre modelant le réel pour en faire surgir l’extraordinaire ou l’inconnu perdu dans l’ordinaire et le familier? Laissons nous alors embarquer par Agnès Varda, allons accoster sur ses plages non pour y voir une Agnès perdue avec sa caméra dans le mouvement du monde mais le monde selon Varda.

 

Hélène Kuchmann

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