Mélodies en sous-sol

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Les galeries de métro de Paris résonnent. Les musiciens en exil de l’Orchestre Souterrain  envoient leurs ondes contre le blanc laiteux des faïences, ils frappent leur cordes jusqu’à couvrir les cris des rames bondées. De leurs sourires généreux, ils content leurs parcours semés d’embûches. Paris regorge de musiques d’ailleurs incorporées au ressac des murmures urbains. La ville est balayée, animée d’une symphonie hybride et brûle de tous ces feux. Lorsque le soir, leur fils s’engouffre dans la gueule du métro fourmillant, le couple roumain lui lègue le « piano tzigane » comme un témoin, un élan de vie, dans ce relai qui n’en finit pas, question de survie. Tous les jours ils tissent leur toile, entretiennent le réseau de stations baignées de musique qu’ils ont établis, enrichi pour quelques heures. Le lendemain, tout est à recommencer. Ils sont les Prométhée du Paris des oubliés, sans répit ils cultivent le peu qui dépend d’eux : leur instrument, et leur agilité à l’animer, mais surtout, si l’on prend le temps de mieux les écouter, leur parcours extraordinaire. Rien n’est définitif, chaque jour ils éclairent la parcelle de ciel qu’ils se sont octroyés, un infime morceau d’univers pour ces hommes et femmes en exil.

Heddy Honigmann dans l’Orchestre Souterrain fait vibrer son art de la rencontre, s’intégrant avec brio au quotidien « sur le fil » des musiciens des rues de Paris. Elle laisse carte blanche aux quelque dix musiciens qui font le film, se proposant d’être le témoin de passés houleux, chacun reflet de la difficulté d’être, d’imposer son désir d’être au sein d’un monde qui leur refuse ce désir, ou l’ignore.

L’Orchestre souterrain choisit la vie et n’a de souterrain que son ancrage spatial au sein des méandres du métro. En effet, les musiciens des rues semblent capter plus de lumière que l’idée ténébreuse du souterrain n’en laissait attendre, ils flirtent avec les sommets d’une capitale que l’on redécouvre à travers leurs errances musicales. Ils sont un condensé d’humanité que le documentaire révèle avec pudeur et dignité.

L’Orchestre souterrain, Heddy Honigmann, 1997

Eva Cloteau

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