Atelier d’écriture au Fidé

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Samedi matin, dans les canapés confortables de Commune Image, la salle qui accueille le Fidé, s’est tenu un atelier d’écriture critique, animé par Fanny et Simon. Une dizaine de participants, spectateurs et réalisateurs. On commence par s’exercer à pitcher une fiction, en faisant deviner aux autres de quel film on parle, en trois phrases. Le but est de faire en sorte que le lecteur ait les mêmes cartes en main que nous. Jusqu’ici, pas trop de difficultés, « un homme et une femme se rencontrent et tombent amoureux sur un paquebot, mais celui-ci heurte un iceberg pendant sa traversée de l’océan », c’est Titanic. On passe au documentaire. De quoi nous parle-t-il ? Quelle histoire nous est racontée ? Plus compliqué : on s’aperçoit qu’en essayant de pitcher un documentaire, on s’intéresse tout de suite au dispositif, aux structures de la mise en scène, par exemple « le film alterne des archives et des interviews », ou « la voix-off nous plonge dans les souvenirs du cinéaste alors que des images de films de famille défilent à l’écran ». Comme si, en documentaire, ce qui nous happait d’abord, c’était non pas l’histoire, mais la manière de la raconter. Il faut donc chercher, réfléchir à ce qui nous plaît ou nous déplaît dans la manière dont un documentaire s’adresse à nous. Parvenir à décrire, décrypter, comprendre, interpréter pour mettre en forme un discours et se positionner par rapport à un film.
La démarche proposée par Fanny et Simon n’est pas celle d’une rationalisation immédiate : il faut, d’abord, faire confiance à ses impressions, à ses sensations physiques. Est-ce qu’on se sent embarqué dans le film ? Est-ce qu’on est repoussé au fond de son siège ? Est-ce qu’on a peur, est-ce qu’on a honte ? Est-ce agréable ou désagréable ? C’est ensuite que l’on cherchera à comprendre ce qui, dans la mise en scène documentaire, a pu nous procurer ces sensations. Quelque chose, ou quelques choses, accrochent lorsqu’on regarde un film : un personnage, un cadrage, une présence ou une absence du cinéaste, une relation entre deux corps, une parole et la voix qui la porte. Nous avons presque tous relevé, par exemple, l’impact de la parole de Nicole, la jeune SDF berlinoise du film Excusez-moi de vous déranger, de David M. Lorenz. Lors d’un très long et unique plan séquence en amorce où nous ne voyons que très peu son visage, elle répète sans cesse : « Excusez-moi de vous déranger, je m’appelle Nicole, et je vends le journal des sans-abris… ». La sensation physique de vertige face à cette boucle infinie du verbe et de l’action (descendre – monter – parler – mendier – descendre) a donné lieu à de nombreuses propositions d’écriture parmi les participants, que nous avons souhaité relayer en proposant ce court texte écrit par l’un des participants.

Anna Etienne

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    « Excusez-moi de vous déranger »… dit une jeune femme à la voix presque enfantine. Tous les jours, Nicole tente de vendre le journal des SDF aux usagers du métro berlinois. Son visage, nous ne le verrons quasiment jamais. Mais il semblerait que personne ne fasse attention à elle.
David M. Lorenz adopte littéralement le point de vue de son héroïne grâce à une mini caméra fixée sur son épaule droite, nous permettant de voir ce qu’elle voit : précisément le fait qu’elle ne soit pas vue au regard des autres. Elle s’adresse à eux, eux font semblant de ne pas la remarquer. Elle est ainsi présente et ignorée, invisible, inexistante.
Ce procédé a le mérite de rendre compte du quotidien éprouvant de la jeune femme, obligée de parcourir chaque wagon du métro, de prononcer le même discours (au mot près) devant les gens pour ensuite essuyer leur refus… et recommencer, encore et encore, jusqu’au vertige.
Mais d’un wagon à un autre, la voix intérieure de Nicole intervient alors et nous plonge dans son passé meurtri, nous fait part de ses inquiétudes et de sa volonté de s’en sortir. Et soudain, celle qui n’existait pas aux yeux du monde nous apparaît incroyablement humaine et vivante.


Antoine de Ducla

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