Lettre ouverte à ceux qui comptent

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Riolette Autopsie, Rémi Gendarme (2012) – Réalisé en 2008.

Aux abords du village auvergnat de Riolette, Rémi Gendarme se livre sans retenue à ses plus proches amis. Avec une grande simplicité, le réalisateur filme ses proches au milieu des arbres d’une forêt, près d’une rivière, en face d’une colline, devant tous ces lieux qui bordent le village de sa grand-mère, ces endroits qui ont tant de valeur à ses yeux. A l’écran apparaissent les visages de ceux qui comptent pour lui. Chacun prononce son prénom. Le plus simplement du monde. Et Rémi commence alors à présenter ces personnes qui lui sont si chères : avec des anecdotes, des souvenirs, des clins d’oeil. Il n’y a pas besoin de moments grandioses et extraordinaires. L’amitié, c’est avant tout ces instants passés avec l’autre même si ce n’est que cinq jours par an.
Mais ce ne sont pas seulement les souvenirs joyeux que rappellent les mots de Rémi, ce sont aussi les moments de déprime et les coups durs qu’ils ont partagés. Rémi fait même de ce film un lieu pour exprimer un dernier message à un ami disparu. Comment incarner l’absent ? Comment lui transmettre ces quelques mots ? On lui a dit un jour que filmer une chaise vide permettait d’exprimer l’absence. Mais évidemment, ça ne suffit pas. Alors Rémi filme la montagne et ses paroles suffisent à emplir l’espace.
Avec ses mots si authentiques et personnels, Rémi se met autant à nu que ses proches face caméra. C’est un double processus de mise en danger qui se construit, aussi bien pour lui, l’homme derrière la caméra, que pour celui qui lui fait face. Et pourtant, toute la magie du dispositif ressort alors que le spectateur observe les émotions changer sur le visage de ces amis de longue date ou récemment retrouvés. On ressent une sorte de fascination à mesure que les paroles de Rémi nous bercent, à mesure que nous les intégrons nous-même, comme si ces mots nous étaient familiers, comme si ces personnes nous étaient connues.
« Attends, on recommence, je veux que tu attendes cinq secondes et ensuite, tu dis ton prénom ». Rémi a laissé le hors champ pénétrer sa création. Une fois qu’il annonce que la prise est finie, on voit les visages se détendre. C’est dur de laisser des émotions vraies transparaître alors que l’objectif de la caméra nous fixe. Ce sont ces moments de détente qui ajoutent de la magie à ce que le spectateur ne peut habituellement pas partager.
Sans jamais voir Rémi Gendarme, nous comprenons progressivement les difficultés auxquelles il a dû faire face. A travers les portraits de ses amis, il exprime parfois son propre handicap. Mais il lui tient à coeur de ne jamais laisser ce sujet l’emporter sur ce qu’il veut vraiment exprimer. « J’avais peur qu’en me filmant ce film devienne un film de Téléthon », dit-il. Il passe ainsi outre le handicap par cette même réalisation. Alors qu’il est dans l’incapacité d’influer physiquement sur ce qui l’entoure, dans l’impossibilité de se mouvoir, le cinéma lui offre la possibilité d’agir sur le réel grâce à la parole. Ses mots acquièrent une fonction performative : dans la bouche de Rémi, le dire devient le faire.
A la fin de la séance, le réalisateur exprime ses doutes sur la qualité de sa création, le fait que cette lettre ouverte à ses amis ait une légitimité en tant que film. Pourtant qui pourrait douter de cela ? Il a réussi à nous toucher avec une histoire pourtant si personnelle. Un film d’amis. Un film de mémoire. Un film intime. Et pourtant un film avec une âme qui ne laisse personne indifférent. Car ce qu’exprime Rémi est ce qu’il y a de plus universel : comment dire aux autres qu’on les aime ?

Manon Koken

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