Excusez-moi de vous déranger

EXCUSEZ-MOI DE VOUS DERANGER David M. Lorenz

excusez moi image

Chaque jour, Nicole monte dans le métro berlinois et répète inlassablement ces quelques mots : « Excusez-moi de vous déranger. Je m’appelle Nicole… » C’est elle la vendeuse du journal des SDF. Les portes s’ouvrent à nouveau. Elle descend de la rame et monte dans la suivante. Et toutes les cinq minutes, cela recommence, à l’infini. –Manon, atelier critique — « Excusez-moi de vous déranger »… dit une jeune femme à la voix presque enfantine. Tous les jours, Nicole tente de vendre le journal des SDF aux usagers du métro berlinois. Son visage, nous ne le verrons quasiment jamais. Mais il semblerait que personne ne fasse attention à elle. –Antoine, atelier critique — Dans le métro berlinois, Nicole parcourt chaque wagon dans le but de vendre aux usagers des journaux. Par le biais de la voix off, Nicole nous décrit son quotidien, nous explique comment elle en est arrivée là et nous rend compte de l’absence de regard dont elle est victime chaque jour. –Antoine, atelier critique — Dans le métro berlinois, une femme répète inlassablement les mêmes phrases aux voyageurs souvent indifférents. Elle vend le journal des SDF pour quelques euros, et partage en parallèle son histoire, depuis son mariage malheureux jusqu’à son arrivée à Berlin. –Cécile, atelier critique

Un film, quatre pitchs. Le film de David Lorenz proposé lors de la carte blanche aux Impatientes allemandes (Die Ungeduldigen) a marqué les esprits, et cela s’est ressenti lors de l’atelier d’écriture critique. Le dispositif employé par le cinéaste est en effet simple et puissant : la caméra fait corps avec Nicole, nous voyons par ses yeux, en totale immersion. Le personnage est dans un hors-champ permanent, et pourtant il est plus proche que jamais du spectateur. L’objectif ‘’fish-eye’’ choisi par David Lorenz apporte une dimension presque claustrophobique, qui évoque aux participants de l’atelier critique un réel passé à la loupe, comme perçu à travers un aquarium. Les discussions sur le film ont rapidement dévoilé tout l’enjeu de cette caméra embarquée : en nous offrant le regard de Nicole, David Lorenz propose au spectateur de vivre la terrible expérience de ne pas être vu, regardé. Manon décrit ainsi dans sa critique les émotions complexes qui s’emparent du spectateur : «Avec Nicole, nous passons de l’autre côté de cette barrière implicite qui sépare SDF et passagers. Tous les jours nous voyons scène mais cette fois-ci, c’est aux côtés de cette femme et avec son regard que nous découvrons ces gens, que nous nous découvrons nous-mêmes, passagers, dans cette situation quotidienne.» Le regard de Nicole nous renvoie une image inédite de notre situation, et agit comme un miroir qui révèle la douloureuse indifférence dont il est trop facile de faire preuve. On est comme prisonnier de ce regard ignoré, de ces phrases sans cesses répétées qui n’attendent plus de réponse. Antoine emploie dans sa critique le terme de vertige pour décrire ce quotidien cyclique, cette succession sans fin de wagons et d’inconnus qui nous ressemblent ; un vertige mis en place par un dispositif sans artifice, sincère et sans jugement.

Mais c’est aussi et surtout par la voix off que Nicole touche le spectateur. Le réalisateur donne la parole aux invisibles de Berlin dans toute leur complexité, le récit intime de Nicole se superposant à sa monotone litanie de vendeuse de journaux. Ainsi juxtaposée au discours usé par la répétition, la voix off beaucoup plus personnelle crée selon Manon un «nouvel espace», fragile et précieux, qui permet au film de se détacher du quotidien métropolitain de Nicole pour s’attacher à sa vie, à ses craintes, à ses espérances. Egalement sensible cette «voix intérieure», Antoine conclut son texte par les mots suivants : «Et soudain, celle qui n’existait pas aux yeux du monde nous apparaît incroyablement humaine et vivante», saluant cette immersion éphémère dans une altérité trop souvent ignorée. Le film livre ainsi un portrait sensible et sincère qui interroge les regards échangés, ignorés, esquivés, et fait la part belle à la parole intime.

Cécile La Prairie – et les participants de l’atelier d’écriture

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