L’équation amoureuse d’Henryk Fast

Un film d’Agnieszka Elbanowska (2013).

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Qui est cet homme au crâne dégarni qui scrute consciencieusement sa page web à la loupe ? Qui est ce grand-père qui observe, dos au mur, les gens danser la salsa ? Qui est ce vieillard qui dessine ses fantasmes sur quelques feuilles blanches ? Henryk Fast est un homme à la recherche de l’amour. Et malgré les désagréments rencontrés, M.Fast continue à espérer qu’une jeune femme croise son chemin.
Comment présenter quelqu’un sans immédiatement porter un jugement dans notre regard ? C’est ce que veut faire Agnieszka Elbanowska, la réalisatrice, avec ce portrait d’un personnage haut en couleurs, qu’on croirait presque sorti d’une fiction. Elle révèle progressivement les complexités de M.Fast : d’abord, vieil Américain expatrié en Pologne et volé par son ancienne amante, puis vieillard un peu pervers parcourant la Toile pour trouver sa nouvelle femme et enfin, père convaincu de ne pouvoir être heureux sans amour et sacrifiant, dans sa poursuite du bonheur, sa relation avec ses enfants.
Ce qui compte, c’est de garder le point de vue de l’homme, de faire comprendre ses contradictions et ses complexités. Il ne doit pas devenir un personnage grotesque. Alors que l’homme explore littéralement la Toile à la loupe, nous découvrons nous-même ce personnage dans tous ses détails. Agnieszka Elbanowska filme le quotidien de M.Fast entre cours de danse, recherche d’une bien aimée sur le web, discussions sur Skype avec sa fille et soirées tranquilles avec ses quelques amis.
La réalisatrice reste en retrait pour laisser l’homme se livrer au spectateur, sans aucun tabou. En fixant l’oeil de la caméra sur un des dessins d’Henryk Fast, elle nous fait entrer dans le monde des fantasmes du vieil homme. Ce jour là, c’est un rêve érotique qui dégénère qu’il nous raconte sans la moindre retenue. Le spectateur reste souvent perplexe, confronté aux différentes facettes de ce personnage étonnant : tantôt vieillard pervers, dessinateur à ses heures perdues, qui fantasme sur la voisine de la fenêtre en face, tantôt homme esseulé, convaincu de ne pouvoir s’épanouir sans amour.
On ne peut s’empêcher de ressentir une grande tristesse à voir cet homme perdu dans sa recherche du plaisir. La force de ce documentaire est de nous immerger complètement dans cette histoire de vie, de faire en sorte que les larmes de sa fille nous émeuvent tout en comprenant le point de vue de ce vieil homme un peu borné. Jusqu’où ira sa quête effrénée d’amour dans laquelle l’inconnue manquante ne veut se manifester ? Désire-t-il seulement trouver le plaisir charnel ou croit-il vraiment à la possibilité de refaire sa vie ?
Le véritable questionnement de ce court métrage reste celui du vieillissement. A-t-on le droit d’être un vieil homme et de continuer à chercher l’amour sans être pris pour un fou ? A-t-on le droit de perdre tout contact avec ses enfants dans l’espoir de recréer une nouvelle famille ? A-t-on le droit de vouloir être toujours désirable malgré les années ? On comprend peu à peu son désir d’indépendance. Ses enfants ont grandi, ont créé leur propre famille, et lui reste seul. Mais est-ce seulement cela ? Envisager l’amour comme seule source de bonheur, c’est penser que rien d’autre n’a le pouvoir d’éclairer ses journées. Pourquoi vouloir s’isoler dans cette quête alors que la solitude dévore déjà son quotidien ? Henryk Fast continue pourtant, avec détermination, à chercher le moyen de résoudre son équation amoureuse.

Manon Koken

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