Sobre las brasas

Sobre Las Brasas, de Bénédicte Liénard et Mary Jimenez

 miel_1.19.3

            « Les couleurs, le rouge, le noir… l’atmosphère fumante, vaporeuse… Les visages… ils ne disent rien mais on devine qu’ils pensent beaucoup. » Cet avis d’un spectateur anonyme, affiché sur le blog papier, symbolise bien l’impression qui se dégage du film. Les plans esthétiques, révèlent des paysages péruviens purs et des corps meurtris par le travail qui retrouvent leur beauté. Bénédicte Liénard et Mary Jimenez posent une vision de ces femmes aux multiples facettes. Occupant une place centrale, la grand-mère et la mère ont un statut de mères, de victimes physiques (la grand mère est brulée par le charbon qu’elle produit et le corps de la mère est « sollicité comme une machine » selon les mots d’un spectateur) mais également de femmes par le rôle émancipateur de leur travail. Assumant l’absence de figure masculine, elles tiennent une place forte au sein de la cellule familiale et dirigent leur foyer.

Liés aux autres par l’argent, les personnages sont embarqués dans une dimension commerciale absurde. Le long du fleuve, la mère recherche désespérément un acheteur alors que tous lui répondent négativement. Cette femme qui navigue seule sur le fleuve qui borde une rive déserte dont seule se dégage les fumées du charbon, peut être représentative de la situation des travailleurs du charbon. Tous font face à un monde qui change et dont les besoins ne répondent plus à leur demande. D’ailleurs, Bénédicte Liénard, née dans le Borinage, région belge productrice de charbon, soulève ce problème contemporain qui touche une partie de la population péruvienne et les confronte à un combat pour leur propre survie. C’est ce qui l’a poussée à aller filmer l’autre dans un environnement qui lui était en partie étranger.

« Tout est filmé au plus juste de la dureté de la vie », a t-on pu lire dans les avis du public. Les gestes répétitifs, la lutte désespérée pour la survie lient les trois générations de cette famille péruvienne. Malgré ses rêves, notamment l’envie de fuite illusoire du jeune fils vers un avenir pensé meilleur, cette famille, à l’image de tant d’autres, essaye de conserver leur tradition face au capitalisme qui les concurrence. Tous ces moments de leurs vies sont accessibles aux spectateurs car ils leurs sont offerts par les personnages. « Ces acteurs sublimes », selon la réalisatrice, recréent leur histoire et en ont alors la maitrise. En leur demandant de rejouer des moments de leur vie quotidienne,  les cinéastes réussissent à capter, par cet acte de reconstitution, l’essentiel de leurs vies et à montrer que celles ci sont particulièrement représentatives de celles des autres. Le cinéma permet de révéler simplement le potentiel de ces personnes à agir et à se battre. Les jeux de lumières subliment ces visages qui racontent en silence toute une histoire assumée. Finalement, cette vision de corps étrangers ouvre sur une réalité forte qui fait écho dans nos esprits, portée également avec force par les regards féminins associés des deux cinéastes.

Soline Travers

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