Cinéma documentaire : fragments d’une histoire

La main de JLC.

Dans ce film, il tourne le dos au spectateur. Non: son visage se soustrait à notre vue. Il connaît pourtant à merveille les vertus du hors-champ, du hors-cadre, du caché mais je n’y vois aucune coquetterie de sa part. Je reconnais sa main qui écrit. J’écoute sa voix (on) qui m’est familière depuis une dizaine d’années et dont le timbre irradie chaque extrait monté avec la complicité de Ginette Lavigne. A cette voix vient s’ajouter le son à peine strident d’un feutre qui glisse patiemment sur la surface rugueuse d’un bloc-notes et tout cela – tel un fil à coudre composé de 2 sons – relie ces Fragments d’une histoire. Pour qui sont ces notes écrites que la caméra filme? A voir.

C’est dans le désordre de ses souvenirs – dit-il – que commence donc ce voyage. Ecrire, dire et redire encore pour mieux voir les œuvres choisies. Certes. Aiguiser l’œil, le regard – au fond – pour mieux relire l’Histoire. D’accord-issimo. Dire ! Ecrire ! Assidûment. Nécessités vitales pour un homme dont le travail de critique nait avec le cinéma dit léger, direct. Un cinéma où corps et paroles – libres, contestataires, contradictoires – sont synchrones. Un cinéma où – parfois – il est possible de se voir en train de penser. Utopie contagieuse.

Dans ces Fragments je reconnais l’élan, les mouvements d’une pensée aux raccords fulgurants ou – mieux – j’y trouve des éléments pour repenser ce qui m’est familier car il y a du jeu. Ici, comme dans les textes de JLC, quelques obsessions: penser les images, c’est nécessairement penser leur lien au Monde, à son devenir. Et ce Monde, on le regarde autant qu’il nous regarde. Analyser une forme, c’est nécessairement donner voix à l’implicite politique. Ecrire, dire. Penser le Cinéma contre le Spectacle n’est pas un combat d’arrière garde. Penser encore et toujours si bien que surgit en moi – inopinément, en cours de projection – l’image d’un Comolli qui défie le spectateur d’un regard caméra persistant. Tout regard caméra nous rappelle notre être-là, nous trouble car il exige réponse. Ce regard me dit: ces notes sont pour toi ! Dès lors, plus que le désordre de ses souvenirs, je vois la cohérence de ses choix: dans la plupart des extraits il est question de luttes. Le film, tel un exercice d’insoumission, sollicite cinéastes, spectateurs, tout sujet pensant pour qui le Monde est une entité à parfaire et le cinéma, un outil.

Les souvenirs – au fond – donnent des ordres: tu ne cesseras de penser ce qui te regarde!

 

Cl. Pazienza, mars 2015.

 

 

Claudio Pazienza écrit, réalise et produit ses documentaires dits de création depuis les années ’90. Sa filmographie compte une dizaine de films dont Tableau avec chutes  (1997), Scènes de chasse au sanglier  (2007). Il intervient régulièrement dans plusieurs écoles de cinéma et milite pour un cinéma de gai savoir. http://www.claudiopazienza.com

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