TRAVELLING 2 – Conte de cinéma, Hong Sang-soo

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2.

Conte de cinéma, Hong Sang-soo

Un homme va voir un film au cinéma, puis en sort et croise l’actrice principale. La frontière formelle entre les deux parties de Conte de cinéma est mince et non explicite ; un simple raccord son montre que la musique que l’on vient d’entendre sort en fait du cinéma d’où l’homme sort.

Hong Sang-soo ne joue pas seulement sur un clin d’oeil métacinématographique ; les deux réalités se complètent et se confondent, l’une aide à comprendre l’autre, et la fiction rejoint le réel. Cette structure accompagne la perte de repères des personnages : profondément mélancoliques, ils errent dans Séoul et s’offrent aux rencontres hasardeuses, parfois charnelles.

Deux fois dans le film un homme désire le suicide, mais ses relations avec les autres et avec la femme sont traitées avec une douceur caressante. La caméra du réalisateur accompagne la spontanéité du jeu. Il refuse le cut, lui préférant le zoom et sa liberté de se concentrer sur l’esprit d’un personnage, à tout moment.

L’environnement de Séoul enveloppe également les personnages. Ils déambulent dans le quartier d’Insa-dong et lèvent à plusieurs reprises leur regard vers la N Seoul Tower sans jamais l’approcher. À nouveau la caméra suit ses protagonistes et recadre le plan pour lever son œil vers la haute tour plongée dans la brume.« On ira plus tard », dit une jeune femme à son compagnon alors que ce dernier veut aller vers ce bâtiment ; les deux ont pourtant déjà prévu de se donner la mort. La tour cristallise les questionnements existentiels incessants des personnages. Avides, ils rêvent d’atteindre une vérité sur la vie, mais ce sera pour plus tard. Ils parlent donc pour tenter d’en cerner les intrigants mécanismes, et s’aident d’un ou plusieurs verres de bière ou de soju pour y arriver. Boire et agir spontanément leur permet de tester leurs limites pour enfin se fixer une identité. Hong Sang-soo offre à nouveau dans Conte de Cinéma un regard complice et juste sur ses personnages, dans son oeuvre de la limite et de l’identité.

Mathilde Pin

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