TRAVELLING 1- Hill of Freedom, Hong Sang-soo

A

1.
Une jeune femme, Kwon, retrouve les lettres de Mori, que l’on devine être un ancien amant, à son retour après un séjour hors de Séoul. Pendant son absence, Mori a passé quelques temps à Séoul pour l’y retrouver, errant dans le quartier de Bukchon et lui écrivant de nombreuses lettres sans réponse. Kwon fait tomber la liasse de lettres et les ramasse dans le désordre. Le spectateur découvre alors le récit de Mori par fragments épars et doit s’efforcer de retrouver le fil des événements dont on ne sait s’ils ont vraiment été vécus par Mori, ou s’ils ne sont que le fruit de l’imagination et des fantasmes de Kwon.

Kwon est paradoxalement la grande absente de l’histoire, alors que c’est par son intermédiaire que le spectateur découvre le contenu des lettres ; elle est le prisme par lequel le récit est vécu, mais aussi la principale médiation entre le spectateur et Mori. Jamais l’on n’en apprendra davantage sur elle en dehors de l’idée qu’en donne Mori : elle apparaît comme la femme idéale, pour laquelle Mori dit avoir « un immense respect ». La quête de Mori se déroule alors sans précipitation, avec opiniâtreté mais aussi douceur. S’il ne l’a pas retrouvée dans quelques jours – qui pourraient être aussi des mois, alors il repartira vers le Japon. Hill of freedom pourrait alors être le récit d’un rendez-vous manqué – ou presque. Sa traversée des lieux se fait à l’image du livre qu’il lit sur le temps, clé de compréhension de l’équilibre entre les cadres posés -à la Ozu- dans l’espace de Séoul et la durée des plans qui laissent toujours advenir davantage que les simples aventures de Mori.

Comment ne pas voir en ce film une sorte de Conte d’été coréen où Mori, tout comme Gaspard, erre dans une ville qu’il ne connaît pas bien et dans laquelle il séjourne temporairement en attendant d’y retrouver la femme aimée ? Le style de Hong Sang-soo diffère radicalement de celui de Rohmer, par son utilisation de la musique extra-diégétique et d’une voix off très narrative, mais aussi du zoom ; cependant, la comparaison ne semble pas absurde, et Mori provoque la même impression de vacance et d’indétermination que Gaspard. Reste que dans Hill of Freedom, les dialogues sont présents tout en tournant à vide, sans laisser  une impression prononcée sur celui qui les écoute. Quand l’ivresse n’empêche pas les personnages de communiquer autrement que par des paroles convenues et répétitives, les protagonistes cherchent leurs mots et semblent pris dans une impossibilité de communiquer autrement que par lettres. Mori trouve en Youngsun l’occasion d’une idylle passagère sans toutefois savoir ce qu’il cherche à ses côtés.

Le film se clôt simplement, comme une boucle que l’on ferme, de manière qui peut sembler assez attendue. Ce serait oublier un détail : en ramassant les lettres tombées dans l’escalier, Kwon a oublié un feuillet, qui devient le chaînon manquant de l’histoire. Ainsi, davantage qu’une histoire d’errance amoureuse, Hill of Freedom est peut- être le récit de l’attente que les mots se libèrent. L’histoire du feuillet manquant.

 

Naïde Lancieaux

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