TRAVELLING 3 – The day he arrives, HONG SANG-SOO

Sans titre 3

3.

Un cinéaste passe plusieurs jours dans Séoul enneigé. Il y retrouve son ancienne petite amie, des acteurs avec qui il a travaillé, un ami de jeunesse. Il rencontre la patronne du bar dans lequel il passe une grande partie de son temps en discussions avec les personnages qu’il croise, et noue avec elle une relation passagère. Bar nommé « le Roman », comme il le précise à plusieurs reprises : s’agit-il de mettre en doute la réalité de ce qu’il vit pendant ces quelques jours de pause et d’errance ? Le récit semble pris dans une intemporalité, une suspension du temps uniquement scandé par les rencontres fortuites, hors desquelles rien ne semble avoir de sens.

C’est ce que semble donner à voir le système de répétition sur lequel repose le film. Répétition des rencontres, récurrence des lieux et des visages – deux personnages féminins importants sont interprétés par la même actrice. Hong Sang-soo traduit ce sentiment d’incessant retour au même par les dialogues, qui abordent toujours les mêmes thèmes, allant même jusqu’à créer un certain effet comique, provoquant le rire des spectateurs dans la salle. Mais la répétition est aussi visuelle : en effet, non seulement les personnages ne cessent de fréquenter les mêmes bars, mais encore ils y sont toujours filmés de profil, la caméra au niveau de leurs visages, en plan rapproché. De même, l’arrivée au « Roman » est toujours montrée de la même manière, les personnages marchant, dos à la caméra, dans une ruelle au fond de laquelle on devine l’entrée du bar.

Les personnages refont sans cesse les mêmes gestes, et seule leur place change. La patronne du bar est toujours absente, et son retour provoque toujours un sentiment de déjà-vu. Les seuls moments où Yoo s’arrache à cette boucle du temps, ce sont ceux où il se met au piano pour jouer le nocturne posthume de Chopin. Il dit ainsi sa mélancolie, celle du cinéaste qui ne crée plus. Comme lorsqu’il reçoit des messages de son ancienne petite amie qui le rappelle sans cesse à elle et dont on entend la voix telle que Yoo se l’imagine en la lisant, les séquences où il joue semblent être pour lui une occasion de fuir le temps suspendu et indéfini du récit, pour se tourner entièrement vers le passé.

« – Une fois, j’ai croisé trois fois une personne dans la même journée.
– Ah bon ? J’aimerais bien savoir pourquoi ce genre de choses arrive. C’est extraordinaire.
– Y’a pas de raison. Notre vie est constituée de choses aléatoires. On en choisit quelques-unes pour former des traits de pensée. Ces traits liés par quelques points qu’on appelle la raison.
– C’est vrai. Impossible de retracer ces hasards. Et ces hasards ont aussi leurs antécédents. »

Ces mots échangés par Yoo avec deux autres personnages au bar « Le Roman » résument assez bien l’esprit du film, en mettant en doute la logique supposée de tout événement et de toute rencontre. Il n’y a pas de raison, et le hasard est bien dénué de sens. Pourtant, le doute subsiste, alors que les relations se tissent entre des personnages qui ne cessent de se retrouver par hasard et se se lier les uns aux autres. Ce que Yoo esquisse à la table du « Roman », entre deux verres de Soju, c’est finalement un éloge de la coïncidence.

« Combien a-t-il fallu de hasards pour me mener ici ?
– Quelques-uns, je suppose.
– Dites-les moi.
– De l’air… un homme… une femme. »

 

 

Naïde Lancieaux

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