TRAVELLING 6 – Usage des cadres dans What a Wonderful World, Faouzi Bensaïdi

  1.  le cadre comme outil d’expérimentation et langage

Dans ce film de 2007, le cinéma marocain expérimente avec Faouzi Bensaïdi, le genre de la comédie de façon très réussie. L’intrigue se situe à Casablanca. Elle unit des personnages qui semblent diamétralement opposés : Kamel, un tueur à gage, et Kenza, une policière chargée de la circulation. Les deux personnages ne cessent de se croiser sans se reconnaître véritablement. Lui ne connaît que sa voix avec laquelle il parle au téléphone, et elle ne sait pas pas qu’il est l’homme dont elle est tombée amoureuse après l’avoir simplement aperçu dans un bus. Un travail sur l’ouïe et la vision se construit alors tout au long du film. Parallèlement à cette histoire d’amour, le récit suit les péripéties de Hicham, un jeune hacker cherchant en vain d’arriver en Espagne. Ce n’est pas seulement l’histoire qui captive le spectateur mais aussi l’esthétique du film et sa mise en scène. Le cadre devient un outil d’expérimentation et un langage à part entière. Les paroles sont rares et les images servent de moyen de communication entre le spectateur et les personnages. L’esthétisme récurrent de certains plans de visages divisés en deux par le cadre procure un effet visuel intéressant et apporte quelques clefs d’analyse du récit. L’intérieur du cadre, agencé de façon très géométrique provoque l’accentuation du comique. C’est le cas de la scène de bagarre au consulat italien divisé en deux par un palmier qui cache la violence de l’affrontement et montre seulement les corps jetés de chaque côtés du cadre. Dans d’autre cas le cadre sert à annoncer le déroulement d’une scène comme celle dans laquelle Kamel assassine sa première victime dans les toilettes et où se construit un jeu sur les miroirs et un travail sur la disposition triangulaire de la pièce et les reflets qui augmentent le nombre de personnages.

 

 

2. un anti-film romantique ?

La quête amoureuse et le dénouement tragique en font un anti-film romantique ou plutôt le film le plus romantique qui ait été, suivant la lecture que l’on souhaite en faire. La trame reprend, à travers l’idée de la recherche amoureuse, les thèmes de contes comme le montre le clin-d’œil à Cendrillon avec la scène du soulier de Kenza retrouvé par Kamel dans le train qu’il essaye ensuite de chausser au pied de sa maîtresse endormie sans succès. Leur amour est une recherche constante de l’autre. Hicham, dans son intervention au sein du travail de Kamel, devient l’aide qui va permettre aux deux amoureux de se rencontrer. Son destin est lui aussi tragique puisqu’il n’atteindra pas l’Espagne. La rencontre finale des deux amoureux qui semble préfigurer une fin digne d’une romance hollywoodienne est coupée court par un retournement de situation inattendu, décadrant jusqu’au romantisme. À peine Karim et Kenza se sont-ils retrouvés ou plutôt trouvés qu’ils meurent assassinés, sans possibilité d’échappatoire, dans les bras l’un de l’autre, de quoi rendre jaloux Roméo et Juliette.

La mise à distance des conventions provient aussi des références et des hommages à l’histoire du cinéma tel que le carton de dialogue entre le contrôleur du train et Kamel, le retour à l’image en noir et blanc au moment où l’on croit que les personnages vont enfin se rencontrer mais ils s’éloignent une nouvelle fois, et d’autres encore que les plus cinéphiles apercevront certainement. Les chorégraphies que Kenza comme agent de la circulation fait effectuer aux véhicules rappelle les comédies de Jacques Tati.

Naomi Jourdan

 

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