TRAVELLING 7 – Tangerine, Irene Von Alberti, 2008

Tangerine, comme son nom peut  sembler l’indiquer, s’intéresse au destin de différentes femmes évoluant dans cette ville toujours plus étonnante qu’est Tanger. Elles sont au cœur du film, et celui-ci s’organise autour de leurs actes. Cependant, à première vue et dans les premiers instants du film, la vision des femmes qui nous est dépeinte peut nous sembler réductrice. En effet, on nous présente d’abord des femmes marocaines qui semblent vivre ensemble à l’écart des traditions du pays, et pour cause elles se prostituent pour gagner leur vie. Dès lors, le film peut nous apparaître comme apportant une vision très occidentale et stéréotypée du monde maghrébin, avec d’un coté les femmes soumises à leur mari et, de l’autre, les femmes indépendantes qui se prostituent, sans entre-deux.

Seulement, le film vient démentir cette première et fausse impression pour mieux démonter ce cliché en centrant son intrigue sur la volonté des femmes à prendre en main leur destin, et ce quelque soient leurs origines. C’est, entre autres, grâce à la diversité des personnages que la volonté d’abolir certaines idées reçues nous apparaît. Ainsi la prostitution dans le film n’est jamais mentionnée explicitement et l’on ne sait jamais non plus qui en a eu l’initiative. L’accent est plutôt mis sur la solidarité entre les femmes, qui essaient tout simplement de pouvoir subvenir à leur besoin, à l’image de Neshua, figure parfois dure et autoritaire mais qui veut simplement pouvoir garder et élever sa fille. Le personnage principal, Amira, nous apparaît parfois comme étant manipulatrice, elle ment sans arrêt. Pourtant c’est aussi le personnage qui paraît le plus innocent, malgré la violence à laquelle elle est soumise, elle ne perd pas espoir et c’est finalement elle qui insuffle au film une vision plus optimiste. L’européenne Pia qui, semble-t-il, a tout d’une femme libre et indépendante, n’est en fait pas plus épanouie que les autres, voire l’est moins. Elle se plait à se comporter comme une femme libre et gaie mais nous apparaît en particulier à la fin du film comme une femme en proie au doute et qui se laisse envahir et contrôler par sa propre  jalousie et son manque de confiance en elle. L’espoir et la poésie du film résident en fait dans la confiance que ces femmes ont en elles-mêmes et entre elles, peu importe d’où elles viennent et leurs histoires ; ce qui fait la différence, c’est ce dont elles se croient capables. Irene Von Alberti ne semble alors pas vouloir juger la culture marocaine, ni même celle occidentale, mais simplement montrer la puissance et l’importance de la volonté des femmes.

 

Killian Goujon

 

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