Leçons d’amour : Jerry Lewis.

 

Souvent, Jerry Lewis m’a fait pleurer de rire. Mais il ne s’agit pas, pas seulement, de rire des acteurs comiques et de leurs gags. Jerry Lewis a fait entrer dans la comédie burlesque, après Laurel et Hardy, mais bien plus puissamment qu’eux, une logique de l’indifférence qui est aussi une logique de l’impertinence. Le héros comique qu’il crée n’est pas là, n’est pas tout le temps-là, il a des absences, parfois à son avantage, d’autres fois non, c’est un comique de l’à-côté, où ni les paroles ni les gestes, ni les postures ne se répondent forcément, ou parfois se répondent si vite qu’on ne s’en aperçoit pas, et d’autres fois si lentement qu’on est déjà passé à autre chose. Il s’agit donc de coïncidence ou de non-coïncidence des temps des uns et des autres, les uns avec les autres. Un univers en déconstruction. Non pas seulement, comme dans le burlesque Laurel-et-Hardy, que les choses soient là et qu’il y ait à les détruire (il y a ça aussi chez J.L.), mais c’est qu’elles sont relativement indifférentes à leur destructibilité, y compris au cours même de l’action. Disons que le monde du burlesque (années 20-30) peut (vite) se résumer à la fragilité, la simili-solidité ou l’incohérence du construit face à la toute-puissance de la destruction, alors que plus tard, années 60, il n’y a plus rien à détruire qui ne le soit déjà, qui intéresse encore quiconque, dont les sujets aient encore à faire, au point de rester indifférents à leur propre tourment par un « autre » imprévisible, déshabiller, couper leur cravate, casser leur chapeau (The Nutty Professor), sans en souffrir, parce qu’il n’y a plus rien qui tienne. Ni le regard des autres, ni le sien propre. On est passé dans le « non-moi ». En ce sens, l’ordre n’est plus à détruire, il a déjà été détruit et n’en subsiste plus que le ricanement. Ce ricanement fait rire parce qu’il fait peur. – Jean-Louis Comolli.

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