TRAVELLING 2 – Seder-Masochism

Nina Paley, cinéaste militante, met en lumière la violence et le patriarcat au sein des religions monothéistes en illustrant le livre de l’Exode. Sur fond musical et avec beaucoup d’humour, elle réécrit et anime l’histoire du sacré, tout en redonnant à la femme la place qui lui revient.

Seder-Masochism mêle avec brio l’animation, les prises de vues réelles, et la manipulation visuelle d’œuvres d’art. Le père de la réalisatrice prête sa voix à Dieu, un « vieillard blanc et patriarcal ». Nina Paley se transpose elle-même dans la figure d’une chèvre, interrogeant son père (Dieu) sur sa religion, le judaïsme. La cinéaste fait aussi parler le Jésus d’une peinture de la Cène, ou des Vénus paléolithiques, qui symbolisent les femmes. L’animation colorée est suivie de photos ou de courtes vidéos du conflit israélo-palestinien, ou de l’attentat du 11 Septembre. La légèreté et la dérision laissent place à la gravité et la violence. Le tout forme un ensemble complexe, admirablement monté.

Le graphisme est utilisé de manière à ce que chaque image en crée une autre. Il forme un jeu visuel auquel le spectateur se prend rapidement. Inspiré des hiéroglyphes égyptiens, le graphisme se réfère à la religion ou à la société contemporaine. Nina Paley nous transporte donc dans un univers coloré, mystique, où les images se construisent comme des énigmes à déchiffrer. Le film se développe pour les yeux, mais aussi pour les oreilles. Il a des airs de comédie musicale, et adapte des chansons célèbres au contexte de l’Exode ou des guerres de religion. On rit quand Paroles, Paroles, de Dalida, est chantée par la figure de femme, à propos des textes religieux. On rit cependant moins quand The things we do for love illustre la circoncision, les féminicides et les guerres de religion. Les personnages chantent la chanson d’amour et s’entre-tuent, formant une montagne de cadavres. Nina Paley crée ainsi un univers où humour et violence se côtoient.

L’utilisation de l’animation permet à la cinéaste de pousser loin la critique et de montrer la violence en la faisant passer pour quelque chose d’anodin. La cinéaste mêle provocation et cynisme pour révéler une réalité terrible. Le film est introduit magnifiquement par une silhouette de femme, inspirée des Vénus paléolithiques et qu’on retrouve tout au long du film. Cette silhouette s’ancre dans le sol et se transforme en arbre, abattu à la hache par des silhouettes d’hommes. La figure de la Vénus symbolise une des toutes premières représentations des femmes, une forme d’art largement antérieure aux religions du Livre. Nina Paley utilise cette image ancienne pour montrer à quel point la lecture patriarcale des textes religieux a effacé les femmes et leur place dans l’Histoire. Seder-Masochism rend un hommage aux femmes, quelles qu’elles soient, et dénonce avec finesse et humour la violence tacite des religions. Il est aussi une invitation à réfléchir sur les origines de nos sociétés, sur l’origine de la violence.

Seder-Masochism est un bijou de créativité et d’inventivité. À voir et à revoir, ce serait-ce que pour apprécier une seconde fois l’ingéniosité des graphismes et pour saisir l’ensemble  des références disséminées dans le film.

 

Solenn Le Moing

 

Seder-Masochism

Scénarisé, animé et produit par Nina Paley.

Film d’animation, US, 2018.

 

 

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