TRAVELLING 7 – Un poisson nommé Wanda (Charles Crichton, 1988) : un comique documenté

Pour quelles raisons pouvons-nous dire que ce film est un excellent exemple d’utilisation des cinq comiques au cinéma ?

  • L’idée d’une farce policière avait déjà germé dans l’esprit de deux membres des Monty Python à la fin des années 1960, John Cleese et Graham Chapman. Cette troupe britannique (sauf Terry Gilliam (Américain)) composée de six humoristes (John Cleese, Eric Idle, Terry Gilliam, Graham Chapman, Michael Palin et Terry Jones) avait connu un large succès à la télévision et au cinéma, de la fin des années 1960 au début des années 1980. Cependant, ce n’est qu’après la signature d’un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer, des années plus tard, qu’il fut enfin envisagé de porter cette histoire à l’écran. Malheureusement, John Cleese dut entreprendre la rédaction du scénario seul car son ami Graham Chapman (1941-1989) était déjà très affaibli par son cancer. Il conduisit ce projet de film notamment en le produisant et en choisissant Charles Crichton (1910-1999) pour le réaliser.
  • Le film s’inscrit parfaitement dans la lignée de l’humour très british du Monty Python’s Flying Circus (1969-1974) alliant absurde, humour noir et burlesque. Ici, tous les sujets sont tournés en dérision comme le bégaiement de Ken, la passion d’Otto pour Nietzsche et la philosophie alors qu’il n’y comprend rien, et bien d’autres. Ainsi, le caractère des personnages est exagéré, le jeu des acteurs est outrancier comme de véritables bouffons de cirque. Nous pouvons facilement dire qu’aucun n’est épargné, dans le sens où chaque aspect d’eux suscite l’hilarité. Archie Leach et sa famille, par exemple, lorsqu’arrive la scène du coucher. Un parallèle se fait entre les couples Otto/Wanda et Archie/Wendy plus exactement dans la scène où les deux Anglais se préparent à aller dormir alors qu’au même moment, du côté américain, se déroule une scène d’amour (tout aussi drôle). Voyons ici une moquerie faite aux mœurs anglaises, très guindées où ‘le sexy’ de la vie du couple est symbolisé par Archie en sous-vêtement coupant ses ongles de pieds. Aussi, la scène où Archie, complètement nu, est reconnu par les anciens propriétaires de sa maison avec leurs enfants et répond : « What a coincidence ! How lovely to see you ! ».

Cependant, l’humour de John Cleese est aussi rempli de références culturelles :

  • La référence la plus flagrante serait sûrement celle tirée des cartoons comme celui de Tom et Jerry (qui appartenait à ses débuts à la MGM jusqu’au rachat par la Warner) ou les Looney Tunes de la Warner, notamment Bip Bip et Coyote. L’intrigue secondaire où Ken doit éliminer l’unique témoin du procès de George, une vieille dame qui vit avec ses trois Yorkshires, tend à rappeler fortement les déboires du vil coyote qui cherche désespérément à coincer Bip-Bip, par tous les moyens. Aussi, comme dans tous les cartoons, John Cleese offre aux personnages des catchphrases (Bugs Bunny « What’s up, Doc ! » ou Titi «I Tawt I Taw a Puddy Tat »)  comme Otto West et son fameux : « Don’t call me stupid ! ».
  • Une scène iconique du vaudeville est aussi montrée dans ce film, le fameux amant caché dans le placard : « Ciel ! Ma femme ! ». Dans cette scène, Wanda, qui a séduit Archie Leach, tente de lui soutirer des informations sur la localisation des diamants. Tous les deux s’apprêtent à faire l’amour, mais ils sont tour à tour dérangés par un Otto jaloux et l’épouse d’Archie qui rentre furieuse après avoir crevé son pneu. Wanda se cache derrière la porte du placard et s’ensuit un long moment de comique de situation notamment entre Otto West et Wendy Leach. Les portes claquent, les personnages entrent et sortent sans crier gare, il y a des cris d’effroi, des étonnements, l’amante qui tente de s’extirper sans être vu, et Otto qui tente de faire diversion à sa manière, …
  • Enfin, l’humour du film va crescendo. Les comiques sont divers. En effet, cela peut aller de la simple grimace à un choc de langage => Archie à Otto : «You are a vulgarian man.» Otto à Archie : « You’re the vulgarian, you fuck ! » ou bien les trois scènes d’excuses entre Otto et Archie. L’humour est aussi teinté de noir puisqu’au début du film, lorsque Ken nous est introduit, l’on voit un poster contre la cruauté sur les animaux et son aquarium rempli de poissons, or, les poissons sont tous dévorés par Otto, et Ken causera la mort de trois Yorkshires.

Jeanne Dardenne

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