TRAVELLING 8 – On a oubliÉ de se voir (vie des festivaliers)

 

Metropolis, ligne de métro, rail du métro, rail du travelling, festival travelling, travelling droite-gauche d’un cinéma à l’autre, travelling gauche droite, manger dans la queue, louper la séance, courir à la suivante, entrer par hasard et découvrir Jia Zhang-Ke, totale surprise.
Infinitif du verbe pour l’infini du film. Phrases courtes: montage des instants.
Voir pour la première fois Mulholland Drive et parler à mon voisin, il l’a vu 3 fois, découverte pour moi, découverte pour lui ? Ne pas réussir à répondre quand on me demande « c’était bien, ça parle de quoi? ».
Faire mon programme pour le lendemain après la dernière séance. Le matin j’oublie pourquoi j’ai voulu voir ce film mais je fais confiance à mon moi d’hier et je m’asseois.
Échange de regards amusés avec ma voisine quand on détourne en même temps les yeux face au sang. On ne s’est pas regardées en sortant.
Recroiser les gens d’une séance à l’autre, les écouter parler du film d’avant, changer d’avis. Puis les entendre parler des bonnes manières qu’ils ont vu avant et que je vois après, ils racontent la fin…
Revoir Playtime et aimer, alors que la première fois je m’étais ennuyée.
La femme dans le siège d’à côté casse des noix le plus vite possible pendant la bande annonce, puis un ange rencontre les couleurs en descendant sur terre. Croiser des amis sans faire exprès, se faire coucou entre 3 sièges et se perdre en sortant.
Se perdre dans Rennes, pas le temps, j’aurai pas la séance, rencontrer un cinéma à un coin de rue et y rencontrer La dolce vita.
Retour à Shibati, eux si pauvres, moi dans mon siège. J’expérimente le paradoxe de la spectatrice.
Associer pour toujours des films que l’on a vu l’un juste après l’autre. Dire avec beaucoup d’entrain « à vous aussi! » Lorsque la dame de la caisse me souhaite bonne séance.
Ne pas réussir à entrer dans le film, voir l’écran et la salle tout le long. Je m’ennuie un peu alors je regarde les gens.
Écrire une phrase importante sur le ticket de cinéma en sortant de Titicut Follies, mais il s’envole alors je ne sais plus ce que c’était.
Je vis de manière immersive le thème des villes-monde. Je vais d’une salle à l’autre, il y a trois ou cinq carrefours entre les deux. Attendre que le bonhomme passe au vert, penser à la fille perdue de Burning et puis oublier que j’attends. Quand je réagis, le bonhomme est de nouveau rouge.
Se croiser à la sortie de Chungking express, se demander « tu as aimé ? » Et puis se quitter. J’ai encore California dreamin’ dans la tête.
Films qui font voyager, films qui font découvrir, films qui font rire, peur ou pleurer, films qui font quelque chose mais je sais pas très bien quoi, films qui me marqueront pour toujours. Et puis les films qui donnent envie de faire des films, j’écris les idées juste après la séance: « elle veut faire un film sans disque dur car il n’y a plus de place, alors elle filme avec ses mains », je ne sais plus très bien ce que ça veut dire.
S’endormir un peu parfois, rêver le film, créer soi-même les images, ne plus savoir si le film était comme je m’en souviens ou si je l’ai rêvé. Mais c’est peut-être le film qui m’a rêvée.

Je devais écrire un article sur Playtime avec Élias, mais pour tout cela on a oublié de se voir. (Et Finalement ils n’avaient pas raconté la fin.)

Brunelle Lapeyre

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