TRAVELLING 2020 BEYROUTH – N°1 : Beyrouth fantôme de Ghassan Salhab

 

Le film Beyrouth fantôme nait lorsque son réalisateur Ghassan Salhab revient au Liban, une fois la guerre achevée. De retour dans son pays natal, il enregistre des images de la ville où les combats ont laissé leurs empreintes, des témoignages de ses amis restés au Liban au moment où lui choisissait l’exil.

L’image filmique semble alors devenir l’espace pour reconstruire une mémoire, celle du réalisateur, mais aussi celle des acteurs qui, face caméra, racontent leurs propres expériences de la guerre. La structure même du film témoigne de ce processus d’une reconstruction mémorielle, qui divise l’œuvre en une partie fictionnelle et une partie documentaire.

La fiction a pour cadre le Beyrouth de la fin des années 80 et met en scène le retour, après une absence de dix ans, d’un personnage, Khalil, que tous ses amis tenaient pour mort. Cet homme, qui traîne sa silhouette dans cette ville si fragmentée qu’elle en est méconnaissable, est à proprement parler un revenant. Spectre qui erre dans la ville et reconstitue un espace brisé, il incarne le souvenir de la guerre.

La réflexion qui se tisse au fil des images porte sur l’appréhension de la vie d’après-guerre : comment exister dans un monde en reconstruction mais où la rêverie n’a plus sa place ? Et l’objet cinématographique est-il alors une rêverie fictionnelle en confrontation avec un désir – ou besoin ? – d’oublier pour toute une part de la population libanaise ?

En effet, le film au Liban a été mal accueilli : deux salles seulement l’ont projeté, et lors de ces séances le public a rejeté les images.  Selon Ghassan Salhab, si les spectateurs libanais réagissent ainsi, c’est « tout simplement parce qu’ils n’ont plus envie d’entendre parler de la guerre. ». Il poursuit : « Je crois que ce pays est très fatigué, qu’il traverse une phase d’amnésie et de léthargie assez inquiétante. C’est parce qu’il n’a pas réussi sa mort que le pays ne parvient pas à renaitre. » Amnésie que, peut-être, seul le cinéma peut dépasser.

Jeanne Bernard, Jeanne Cousseau

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