TRAVELLING 2020 BEYROUTH – N°3 : Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento ou le spectateur.trice halluciné.e

Dans ce trip halluciné, Dario Argento distille ses pointes de folie dans un univers mental et abstrait, qui nous rafraîchit au regard de la timidité léthargique noyant la production actuelle. Car non besoin d’une histoire spectaculairement épuisante, il suffit simplement de se rendre compte du potentiel de complexité de l’esprit humain pour faire un film troublant et mystérieux. L’intérêt ne repose ainsi plus sur la clarté d’une histoire, mais sur cette mise en scène énigmatique soutenue par une musique barrée : la structure redite du giallo est au service d’un traitement singulier. Le jeu des corps entre les acteurs paraît si futile à l’avancement de l’histoire et il est pourtant si essentiel au film. On apprécie de voir ces discussions entre Gianna et Marcus, ou ce dernier et Carlo ; des personnages qui se cherchent sans bien que l’on comprenne les raisons les unissant.

Paradoxe du fait de son caractère sanglant et violent, le film porte un attachement à l’humain. Cet aspect est de ce qui participe à empêcher les frissons de l’angoisse d’être un produit mécanique. Mais sur ce dernier point, la fin du film se révèle frustrante avec la découverte de l’identité du meurtrier. Car si le début est troublant à l’instar de cette télépathe bouleversée par cette présence malfaisante ; la réalisation du whodunit, elle, se révèle terroriste. La révélation de l’identité du meurtrier ne participe pas à la profondeur au film et la découverte claire et littérale en images du « meurtre originel » est ridicule et superficielle, laissant l’opportunité au spectateur dérouté de se satisfaire d’une explication qui ne peut en être une, là où l’énigmatique début se montrait paradoxalement éloquent de sens.

Cette conclusion finale empêche Les Frissons de l’angoisse à devenir un Mulholland Drive avant l’heure, toujours insatisfaisant mais sans cesse puissant. Si la dernière demi-heure est en deçà de la proposition qu’Argento nous partageait depuis plus d’une heure, il reste que l’on ressort du film bouleversé et rempli de frissons.

Dario Argento, créant selon l’inspiration du cinéma classique, conserve une certaine lourdeur de la trame narrative. Cependant, il fait part d’une inventivité folle qui marque son envie de renouvellement et qui fait toute son originalité. Les Frissons de l’Angoisse est une proposition éblouissante teintée d’une modernité surprenante, qui n’hésite pas à se risquer en s’aventurant dans une mise en scène inventive, et révèle en cela l’identité délirante de son réalisateur.

C’est un film qui nous transporte avec un montage serré, une musique enivrante qui ne cessera de vous poursuivre, spectateurs et spectatrices, et vous transportera dans un univers de rêves, de fantasmes et d’angoisses.

 

Yoan Fleischhacker, Léa Veillerobe

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