3- TRAVELLING À PRAGUE : Zazie dans le métro

Critique personnelle et subjective

Plus qu’un film que l’on peut classer dans un genre précis, Zazie dans le métro est en quelque sorte le résultat des expériences du cinéma dans la globalité de son histoire.

Car en effet si le film est souvent qualifié de burlesque, il ne l’est que car il a réussi à saisir les règles de son art pour mieux pouvoir les parodier. Et, en effet, cela est confirmé par l’accueil qu’ont pu en avoir certains de nos plus grands cinéastes. Lors de sa sortie en salle le 28 octobre 1960, le film n’a eu qu’un succès mitigé autant auprès du public que des critiques. Cependant lors de la première du film, quelques artistes comme François Truffaut, Eugène Ionesco (représentant du burlesque) ou encore Charlie Chaplin ont immédiatement exprimé leur enthousiasme . Même Queneau (écrivain dont le roman est ici adapté) déclara : «  En même temps que je reconnais Zazie dans le métro en tant que livre, je vois dans le film une œuvre originale dont l’auteur se nomme Louis Malle , une œuvre insolite et à la poésie de laquelle je suis moi-même pris ». S’il est donc vrai que le visionnage de ce film peut laisser pantois quant à la cohérence diégétique, il est indéniable que le film fut bien reçu par ceux qui ont représenté ( et qui représentent toujours à bien des égards ) la modernité et l’innovation. Si parler ici d’innovations est plus que justifié, c’est parce que là ou Louis Malle aurait pu ne faire qu’imiter l’œuvre de de Queneau, il a tenu à placer sa propre originalité et une remise en question toute particulière au cinéma. Queneau qui tenait à jouer avec les mots pour faire une critique de la tradition littéraire, n’a pas le rôle de maître de Malle , car ce dernier, avec son propre langage cinématographique qui consiste à casser de nombreuses règles établies ( notamment au sujet de la cohérence spatiale ou narrative) va réussir à parodier un genre cinématographique qui s’attache dans les années 60, peut-être un peu trop, à certaines règles de production. On peut comparer cela avec le renouveau du cinéma hollywoodien qui lui aussi par subversion a su faire siennes les règles anciennes pour y assimiler de nouvelles ( on peut citer les films d’Ida Lupino, ou de Georges Cukor )

Sans difficultés, nous pouvons observer que presque toute les séquences peuvent servir à une analyse des transgressions de la grammaire cinématographique traditionnelle. La première course poursuite entre Zazie et Pedro est tout à fait significative avec de nombreuses incohérences de lieu, de substitution spatiales entre les objets ou les personnages. Dans la même idée , on peut voir que la géographie parisienne est complètement décousue ; monuments qui changent de noms, certains boulevards complètement embouteillés qui débouchent sur des rues complètement désertes, le temps entre chaque lieu qui parfois paraît absurde. Ici ce n’est pas l’ellipse qui est employée car une continuité des dialogues exclut celle-ci, mais pour autant les raccord spatiaux ne coïncident que peu. Cela peut amener une réflexion sur la volonté de Malle de vouloir remettre en cause les règle des films jusqu’à nous brouiller sur le décor. Peut-être qu’un décor en cache un autre. Enfin, en dernier lieu (dernier lieu évoqué dans cet écrit et non dans l’absolu), dans la continuité de transgression on voit que sur les images du film c’est l’apogée du second plan. Dans quasiment toutes les scènes, il nous est certes présenté une action s’impliquant de près ou de loin dans le déroulé narratif, mais en second plan, des personnages effectuant des actions sans aucun lien avec le déroulé narratif nous perdent quelque peu ; dans un restaurant deux personnes pliant un drap, à l’arrière de la voiture ( en mauvais état ) un homme lisant un magazine.

C’est donc ici un film rempli de fraîcheur et d’originalité , et là où l’on pourrait crier au faux raccords et aux erreurs il n’y a en fait qu’une tentative, ou plutôt la réussite d’un cinéma nouveau et frappant, créateur d’inspiration. Mais il faut tout de même nuancer , car si transgression il y a , certains ressorts classiques de l’absurde ( aussi oxymorique que soit la formule ) sont tout de même bien présents (bataille de nourriture dans les derniers instants du film). Car si le cinéaste dans l’histoire des cinéastes a souvent voulu déranger surprendre, il n’a pour autant jamais abandonné le désir qui réunit chaque acteur du 7ème art : la beauté et l’émotion. Il y a tout de même en toile de fond un discours sur l’homosexualité et les relations amoureuses, mais qui serait de nos jours mieux savourée avec plus de cohérence et moins de réflexion de la part du spectateur . Car ne l’oublions pas, depuis les années 80 nous sommes dans l’époque du blockbuster, dans l’époque du tout et tout de suite . Le spectateur ne pense peut-être plus assez, il s’est peut-être éloigné des Germaine Dulac, ou des Antonin Artaud qui recherchaient à créer l’émotion, et qu’ensuite le sens se fasse par le réflexion du spectateur de lui avec lui-même. Il n’est pas ici lieu de juger cette évolution, cela appartient à vous lecteurs et lectrices (de plus tout propos n’est jamais manichéen).

Pour terminer et montrer que la beauté est possible dans le chaos et l’innovation, je vous livre comme une madeleine de Proust les dernières lignes de dialogue de Zazie dans le métro :

« Mais alors qu’est ce que tu as fait ce week-end ?

« J’ai vieilli »

Anthyme Huyghe ,

anthyme.joke@gmail.com

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