Qui couraient dans l’herbe, de Lucile Remy

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On les connaît, ces trois jeunes à la vingtaine dépassée, à l’allure encore adolescente, qui tagguent le jour et fument  des pétards la nuit. Ou plutôt, on a l’impression de les connaître, de les avoir cernés, quand, après les premières séquences du film, on les a entendu tout renier, tout prendre à la dérision, leurs études, leur famille, l’argent. On les aurait rapidement jugés, d’ailleurs : menteurs, pessimistes, glandeurs, sectaires, vaguement hors-la-loi.

Mais la réalisatrice, au fil des longues nuits qu’elle passe avec eux à inhaler les vapeurs de sucre et de fumée, capte et restitue toutes les aspérités et les failles de ces personnages fascinants, et à plus forte raison celles de Julien, son personnage principal. Le portrait que réalise Lucile Remy retire délicatement, une par une, les couches de la carapace de Julien. En dessous, on devine une angoisse indescriptible devant le vide de l’existence, une peur sans nom des responsabilités et de l’âge adulte.

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Lucile Remy filme l’hésitation, le recul au bout du plongeoir, lorsque l’on baisse la tête et que l’on regarde en bas avec effroi. Julien semble, comme ses acolytes, volontairement coincé dans un entre deux plus ou moins confortable : semi-indépendant, il passe son temps dans une maisonnette, qu’on imagine d’abord perdue au milieu de la forêt, puis qu’on découvre être tout proche du cocon familial. Avec ses copains, il joue à être grand, à tirer au fusil, à disséquer des animaux morts ; mais aussi à être encore un peu enfant, le temps d’une expédition sur un bateau gonflable ou d’un goûter nocturne à la Barbapapa. Mais derrière leurs distractions les plus insolites, l’ennui et l’angoisse rôdent.

Qu’est-ce qui court dans l’herbe, quelque part entre l’adolescence et le grand saut vers l’âge adulte ? Encore un peu d’enfance, dans les volutes de fumée des innombrables pétards, une angoisse sourde derrière les rires. C’est puissant, c’est violent, c’est bancal et touchant, une douce tempête intérieure qui nous laisse à notre propre détresse devant le vide.

Anna Etienne

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2 réponses à “Qui couraient dans l’herbe, de Lucile Remy

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