TRAVELLING 5 – LA SERVANTE, Kim Ki-young

servante

5.

Kim Dong-sik, professeur de musique qui anime une chorale dans une usine, reçoit une lettre d’amour de la part d’une des ouvrières et s’empresse de la dénoncer, entraînant son renvoi, puis son suicide. Cet événement funeste marque le début de la déchéance de ce personnage qui, au début du film, se présente pourtant comme un homme droit et honnête. Il ne cesse d’ailleurs jamais réellement de l’être, et c’est peut-être cette droiture qui, mûe en rigidité, le pousse à prendre des décisions immorales par leurs conséquences néfastes.

L’intrigue se noue autour de la figure de la servante, introduite dans la ménage de Kim pour assurer les besoins de cette famille de classe moyenne qui vient d’emménager dans une plus grande maison. Alors que les ouvrières (essentiellement une impliquée dans l’intrigue de la lettre d’amour) qui lui rendent visite chez lui pour prendre des cours de piano ne mettent jamais en danger son couple, la servante se révèle peu à peu comme un véritable parasite introduite dans la maison pour la détruire de l’intérieur – selon l’expression employée dans la traduction, c’est « un loup entré dans la bergerie ». Il faut dire que cette jeune femme ne correspond en rien au type de la servante discrète et serviable. Elle ne peut jamais se faire oublier, apparaissant toujours de manière discrète, mais d’autant plus menaçante, épiant les personnages par la fenêtre ou faisant irruption dans l’embrasure des portes.

Le film de Kim Ki-Young montre alors un radical renversement des rôles, la servante prenant entièrement le contrôle de la maison. Renversement des genres et des conditions : le réalisateur semble presque éprouver un certain plaisir à infliger à Kim cette punition qui expose, sous ses dehors avenants et honnêtes, son profond conservatisme. Pourtant, l’empathie du spectateur ne va pas non plus à la servante, figure diabolique et presque surnaturelle, qui semble incarner le Mal à l’état pur – en contraste avec Kim qui serait le Mal caché sous des apparences d’honnêteté et de bien-pensance. Les enfants de Kim ne sauraient sauver l’ensemble, tant ils sont déjà imprégnés de cette éducation « de bonne famille » qui les pousse à mépriser la servante dès son arrivée. Pas de figure angélique donc, sinon une fausse dans l’épouse de Kim qui fait mine de pardonner la trahison de son mari pour penser à des solutions concrètes. Mais l’attitude mortifère de la servante rend toute solution impossible, et la famille semble d’ores et déjà condamnée.

Kim Ki-young pose sur ses personnages un regard grinçant, à mesure que l’atmosphère du film se fait de plus en plus sombre ; le film devient peu à peu un véritable huis-clos, et la maison qui devait être pour la famille une sorte de cocon protecteur, se révèle être un piège. Le film, conçu comme un apologue, s’achève sur une diatribe ironique adressée par Kim à la caméra, tirade dont on ne sait trop que penser, et qui laisse le spectateur dans une réelle perplexité, après l’avoir fait passer successivement de la compassion à l’agacement et à l’effroi.

Naïde Lancieaux

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