TRAVELLING 5 -Talons Aiguilles (Pedro Almodovar, 1991), film de la libération

Talons Aiguilles n’est pas un thriller, il n’est pas une comédie, pas plus qu’il n’est un policier. Si le terme mélodrame est celui qui le rapproche le plus d’une qualification, sans pour autant être parfaitement juste, c’est peut-être parce que la confrontation des genres le rend si particulier. Cette tension permanente, voulue ou non, traduit la liberté de Almodovar d’expérimenter le renouveau. Il s’agit d’un tournant dans son cinéma, qui explore de plus en plus la complexité des relations humaines, dans l’amour comme dans le deuil.

La libération est avant tout celle de personnages qui évoluent autour du meurtre de Manuel (Féodor Atkine), mari de Rebeca (Victoria Abril) et ex-amant Becky (Marisa Paredes), mère de cette dernière. Ils s’émancipent d’une intrigue attendue comme devant être majeure, pour se concentrer sur la réelle terreur : celle de ne pas se comprendre. Le faux-crime passionnel de Rebecca n’est pas le cri désespéré d’une femme trompée, mais celui d’une fille qui tente de renouer avec son modèle : sa mère. Il s’agit d’une vengeance sur une absence trop longue, qui perdure malgré les retrouvailles.

Ne le précipitant pas dans une noirceur fastidieuse, l’ambivalence des intrigues et des genres fait émerger des scènes hautes en couleur et en talons, donc. Le sourire au coin des lèvres du spectateur questionne le propos du film. S’il n’est pas une tragédie, peut-il malgré tout fonctionner autrement que dans l’humour?

Le film peint des tableaux hilarants, certes, mais également saisissants. Au-delà d’un simple hommage aux ambitions de la Movida, il exalte l’extravagance qui se cherche et la sexualité qui se trouve. La triple prestation de Miguel Bosé, qui incarne le travesti Letal, le juge Dominguez et l’ex-mari Hugo, fascine par la justesse du jeu.

La beauté de Talons Aiguilles, et du cinéma d’Almovodar en général, est celle-ci : rendre aux excentriques leur importance sans tourner au ridicule.

Talons Aiguilles fonctionne parce qu’il qu’il libère la création, libre alors de tout tenter.

 

Salomé Kerrand

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